 Les rumeurs qui couraient depuis
quelques semaines sur les blogs d’archéologie sont désormais
confirmées. Révélée mercredi par la chaîne de télévision américaine
Discovery Channel, la
momie de la reine Hatchepsout (1479-1457 av. JC.) a été identifiée
par l’équipe de Zahi Hawass, le secrétaire général du Conseil
suprême des antiquités égyptiennes.
Pour comprendre l’origine de cette
trouvaille, il faut cependant remonter un siècle en arrière : c’est
en 1903 que l’archéologue britannique Howard Carter, rendu célèbre
pour sa découverte de la tombe de Toutankhamon en 1922, trouve les
momies de deux femmes dans la vallée des Rois, à Louxor. L’identité
de la première, qui reposait dans un sarcophage, est alors
attribuée à la nourrice d’Hatchepsout, puis transférée au musée du
Caire. L’autre, qui reposait simplement au sol au moment de la
découverte, serait bien la souveraine de la 18ème
dynastie de l’Egypte pharaonique (1570-1293 av. JC.), celle
de Toutankhamon et d’Akhenaton. Son corps embaumé fut laissé
dans la tombe KV 60 avant de trouver sa place au Musée du Caire il
y a seulement un an. « Nous sommes sûrs à 100% que la momie
est celle d’Hatchepsout. (…) [Il s’agit] d’une femme dans la
cinquantaine, obèse, et probablement morte d'un
cancer » a affirmé Zahi Hawass. Il confirme ainsi
l’hypothèse de l’archéologue américaine Elizabeth Thomas,
aujourd’hui décédée, qui avait remarqué la posture royale de la
momie avec le bras droit replié sur la poitrine. Désormais, la
preuve est apportée grâce à une partie manquante de la molaire de
la momie (il s’agit d’une fraction de millimètre) retrouvée dans un
vase funéraire frappé du cartouche portant l’inscription
Hatchepsout dans le temple de Deir el-Bahari. De plus, une
technique d’imagerie en 3D a permis de rapprocher les traits du
corps embaumé avec ceux d’autres membres de sa famille. Un test ADN
effectué par un laboratoire financé par Discovery Channel devrait
apporter prochainement une confirmation.
De l’avis de certains experts, il s’agit
néanmoins d’une annonce qu’il faut prendre avec prudence.
« Il n’y aucune certitude pour l’instant. Le fragment
dentaire qui a servi à l’identification d’Hatchepsout provient d’un
temple situé sur la rive ouest du Nil, alors que la momie se
trouvait dans la Vallée des Rois à Louxor (à l’est du
fleuve). Dès lors, plusieurs énigmes restent encore à
résoudre », commente Luc Gabolde, égyptologue et chercheur au
CNRS. Il ajoute : « Il est possible que l’analyse ADN ne
marche pas. En effet, le seul parent proche de la défunte, dont
l’identification reste certaine, est Toutmosis III, le fils de son
demi-frère. Or, sa momie a été passée plusieurs fois aux rayons X,
qui éliminent les traces d’ADN. »
Après Cléopâtre, Hatchepsout est la plus
célèbre des souveraines de l’Egypte pharaonique. Fille de Toutmosis
Ier, elle accède au trône à la mort de son demi-frère et époux
Toutmosis II en 1479 avant J.-C. Si elle n’est officiellement que
co-régente du jeune Toutmosis III, la reine-pharaon
détient la réalité du pouvoir pendant 21 ans. Celle qui se fait
représenter sous les traits d’un homme avec le pagne et le
postiche, livra à l’Egypte quelques-uns de ses plus beaux
chef-d’œuvres comme le temple funéraire de Del el-Bahari et la
Chapelle Rouge à Karnak. Alors que son règne se déroula de manière
plutôt pacifique, vingt ans après sa mort, Toutmosis III entama une
campagne de proscription du nom de sa belle-mère pour des raisons
encore inconnues. Ainsi, « la reine mystérieuse »,
comme la décrit l’égyptologue Christiane Desroches-Noblecourt, n’a
pas encore dévoilé tous ses secrets.
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